Frozen River

Frozen River
Date de sortie : 07 Janvier 2009

Réalisé par Courtney Hunt

Avec Melissa Leo, Misty Upham, Michael O'Keefe

Film américain. Genre : Drame, Thriller

Durée : 1h 37min. Année de production : 2008

Distribué par Rezo Films









Synopsis




Une petite ville américaine à la frontière du Canada.
Ray peut enfin offrir à sa famille la maison de ses rêves et bientôt quitter leur préfabriqué. Mais quand son mari, joueur invétéré, disparaît avec leurs économies, elle se retrouve seule avec ses deux fils, sans plus aucune ressource.
Alors qu'elle essaie de retrouver la trace de son mari, elle rencontre Lila, jeune mère célibataire d'origine Mohawk, qui lui propose un moyen de gagner rapidement de l'argent : faire passer illégalement aux Etats-Unis des immigrés clandestins, à travers la rivière gelée de Saint Lawrence, située dans la Réserve indienne.
Ayant cruellement besoin d'argent à la veille des fêtes de Noël, Ray accepte de faire équipe avec Lila.
Pourtant, les risques sont élevés, car la police surveille les allers et venues, et la glace peut céder à tout instant...









Parmi les trés belle découvertes de ce début d'année, voici Frozen River, un film glaçant et profondément humain, qui aborde un sujet délicat, mais passionnant et troublant.
Le récit se déroule de nos jours, dans une petite ville américaine à la frontière du Canada, dans laquelle vit Ray avec ses deux enfants. Une vie difficile, dans un mobilehome préfabriqué; quelques jours avant noël, son mari, joueur inconditionnel, à fuit la demeure familiale en prenant soin d'emporter avec lui toutes les économies. Le maigre salaire de caissière dans un supermarché ne permet désormais plus à Ray que d'offrir du pop corn au repas de ses enfants. Commençant par chercher desespérément son mari, elle en vient à encontrer Lila, une Mohawk, qui vit seule dans une caravane en plein milieu de la forêt, dans la réserve Indienne. Jeune mère célibataire à qui on lui à enlever son enfant, et ellle joue le rôle de passeuse pour immigrés, sur la rivière gelée de Saint Lawrence, qui mène de l'autre côté de la frontière; ainsi, avec l'argent amassé, elle espere récuperer son fils. Devant sa situation désastreuse, Ray, d'abord malgré elle puis de son plein gré, se joint à Lila pour organiser les passages, et tenter ainsi d'offrir un noël et une nouvelle maison à ses enfants. Cependant, les risques sont énormes; à tout instant, la glace peut céder, et la police n'est jamais trés loin; sans oublier les négociations d'argent qui sont parfois difficiles, mettant la vie des deux femmes et des passagés clandestins en péril.
Un sujet délicat est donc traité, mais la réalisatrice va s'en sortir de manière brillante. Dès les premières images, les gros plans sur les traits épuisés et meurtris de Ray nous font immédiatement comprendre le drame qui nous attend. Et Melissa Leo, dans ce rôle, est simplement incroyable; elle semble être Ray à part entière, la douleur qui se lit sur son visage semble tellement vraie, que l'on a vraiment la sensation que le personnage l'habite véritablement; l'interprétation de l'actrice est percutante. Il en va de même pour Misty Upham dans le rôle de Lila; les différentes facettes de son personnage sont parfaitement ressentie, et l'actrice transmet avec force la fragilité et la détresse qui sont enfouies sous l'apparence de dureté.
La réalisatrice filme les allées et venues de ses protagonistes de manière à ce que la tension ne cesse d'augmenter; en effet, tout comme la glace menace de céder à tout instant sur le passage de la voiture, le drame semble imminent, et inévitable; les paysages glacés, froids et austères font naître un sentiment de malaise parfois saisissant chez le spectateur; l'inévitable semble suspendu, jusqu'à ce qu'il se produise enfin.
La réflexion que pose Frozen River est particulièrement intéréssante; est-ce un crime ou non de faire ce que Ray et Lila font? Aux yeux de la loi, il est indéniable que ça l'est. Mais considérons un instant la situation de ces deux femmes, pour penser la question de manière beaucoup plus humaine et vraie. Car devant une condition de vie comme la leur, qu'auriez vous fait? Devant l'ultimatum qui est d'entraver la loi pour permettre à ses enfant de vivre dans une condition au moins acceptable, ou de s'y conformer en sachant pertinemment que leur futur est menacé et plus qu'incertain, que choisir? Alors, savoir si c'est un crime, là n'est pas la question, mais plutot comment gérer de telles situations sans que cela ne tourne au pire? Frozen River est une belle leçon d'humanité ( surtout lorsque arrive le dénouement), qui porte une réflexion passionnante de manière splendide.
En quelques mots, avec ce premier film, Courtney Hunt nous offre une oeuvre cinématographique superbe, passionnante et pertinente, qui aborde un sujet complexe, traité ici avec une grande habilité, et porté par deux actrices ( exellents second rôles de même) saisissantes.

# Posted on Sunday, 18 January 2009 at 6:58 AM

Les Trois Singes

Les Trois Singes
Date de sortie : 14 Janvier 2009

Réalisé par Nuri Bilge Ceylan

Avec Ahmet Rifat Sungar, Hatice Aslan, Yavuz Bingol

Film français, italien, turc. Genre : Drame

Durée : 1h 49min. Année de production : 2008

Titre original : Üç maymun

Distribué par Pyramide Distribution







Synopsis




Une famille disloquée à force de petits secrets devenus de gros mensonges, tente désespérément de rester unie en refusant d'affronter la Vérité. Pour ne pas avoir à endurer des épreuves et des responsabilités trop lourdes, elle choisit de nier cette Vérité, en refusant de la voir, de l¹entendre ou d'en parler, comme dans la fable des "trois singes". Mais jouer aux trois singes suffit-il à effacer toute Vérité ?









J'avais découvert Uzak il y a quelques temps, du même réalisateur, qui m'avait donné envie de découvrir son oeuvre d'avantage. Les Trois Singes est simplement d'une splendeur rare; la mise en scène est proche de la perfection, le film est entièrement subjuguant.
Le titre vient de la philosophie de Confucius, où "les trois singes ont une représentation significative positive qui représente la sagesse; ne pas entendre le mal, ne pas le voir, ne pas en parler." Autrement dit, le film se construit autour d'une réflexion du non-dit au sein d'une famille démembrée à force de mensonges et de faux-semblants.
Le récit débute par un accident de voiture; provoqué par un avocat, ce dernier vient de renverser et fuir une personne; par lacheté, et par peur de voir sa popularité diminuer aux élections, il prend la fuite et demande à son chauffeur de s'accuser à sa place, en échange d'une importante somme d'argent. Ce dernier, par lacheté aussi, accepte, et va passer 9 mois en prison, laissant sa femme et son fils; ce dernier vient de rater encore une fois son examen à l'université, et fréquente une bande qui l'entraine dans des histoires plus ou moins claires; un après-midi, il rentre à l'improviste à la maison, et surprend sa mère au lit avec celui qui à envoyé son père en prison. Cette dernière le niera cependant pas, sombrant dans les larmes plutot que d'avouer son adultère. Le fils de même n'osera le dire directement à son père; son attitude hypocrite lui laisse deviner. Mais lorsque ce dernier sort de prison, encore une fois la lacheté revient; il insulte sa femme plutot que de tenter de lui faire avouer sa tromperie, et n'ose pas poser la question qui le ronge lorsqu'il est devant l'avocat. C'est le mensonge, le paraitre et la douleur qui rythme l'âme de ces personnages. Jusqu'à ce que la situation éclate et aboutisse au crime. Mais peut-être est-ce dans le pire justement que cette famille pourra retrouver un mince fragment de confiance et s'unir de nouveau; car le courage est également présent parmis toute cette ambiance de lacheté.
Nuri Bilge Ceylan possède une capacité à sonder l'âme interne de chacun des personnages avec une virtuosité, une sincerité frappante. Le réalisateur saisi les silences, ces silences lourds de sens et d'affects, qui sont plus significatifs que n'importe quelle parole; l'ennui et le malaise dans lequel chacun des membres de cette famille évoluent transparait de façon virulente à l'écran. Le rythme trés lent du film n'est pas un seul instant ennuyeux, puis qu'il reflète simplement la sorte de transe dans laquelle ces trois singes sont enfermés. Souvent, les visages sont filmés en gros plans, alors que les scènes de conflit (hormis une) qui implique directement le spectateur dans le conflit, sont filmées à distance. Rien n'est montré directement au spectateur, tout comme rien n'est avouer entre chacun des personnages de l'histoire.
La beauté et la finesse de la photographie, et la pertinence de chacun des prises de vue sont absolument remarquables. Le film est teinté de couleurs pâles et sombres, entre le gris, le vert et le blanc de la lumière qui irradie parfois certaines séquences. Le travail de la lumière, d'ailleurs est d'une maitrise fascinante; on remarque que presque tout au long du film, chaque séquence est coupée en deux; un coté illuminé par la lumière du jour, l'autre voilée par son ombre; c'est un procedé terriblement habile qui souligne encore c'est ambiance de mensonge et d'illusion, notamment lorsque cet effet de clair-obscur est travaillé sur les acteurs. Ceux ci,Ahmet Rifat Sungar, Hatice Aslan, Yavuz Bingol et Ercan Kesal, livrent tous de superbes interprétations, d'une authenticité surprenante, que l'on ne peut qu'applaudir.
En quelques mots, avec Les Trois Singes, Nuri Bilge Ceylan confirme plus que jamais son immense talent; il fait parti de ces rares réalisateurs capables de filmer l'être interne des être humains, de réveler à l'écran ce qui jamais n'est prononcé, mais qui est traduit de manière frappante dans les silences. A souligner encore sa maitrise de la mise en scène, d'une beauté fulgurante.

# Posted on Tuesday, 27 January 2009 at 2:33 PM

The end

# Posted on Friday, 20 February 2009 at 12:04 PM